23-08-2017

Interview de Guy Wagner dans le quotidien belge l'Echo

Les marchés d’actions bénéficient toujours de bonnes conditions économiques. Guy Wagner (BLI - Banque de Luxembourg Investments) explique le contexte dans une interview de Jennifer Nille : " Les actions ne sont pas dans une bulle."

Source : L'Echo
Par Jennifer Nille

Après la récente faiblesse des marchés d’actions, l’optimisme semble retrouvé par les investisseurs. La semaine dernière, la crainte d’une escalade de violence entre la Corée du Nord et les Etats-Unis a vivement inquiété les intervenants de marchés. Le Stoxx 600 a 2,72%, sa pire performance hebdomadaire depuis longtemps et l’indice EuroStoxx 50 des valeurs de la zone euro a cédé 2,88%, des reculs qu’on n’avait plus observés depuis novembre. Mais la baisse des tensions entre les deux pays depuis lors a laissé place à l’embellie sur les indices boursiers, alors que la saison des résultats trimestriels arrive progressivement à sa fin et s’avère positive dans son ensemble. Guy Wagner, chief investment officer chez BLI-Banque de Luxembourg Investments, rappelle que les conditions restent favorables pour les marchés d’actions.

Depuis le début de l’année, les grands gagnants sur les marchés d’actions s’avèrent les grands groupes de technologie. Comment expliquez-vous cette performance?


Nous sommes dans un marché étroit, où seulement certains titres tirent la tendance vers le haut. Aujourd’hui, la gestion indicielle prend de l’ampleur. La valorisation des titres importe peu. L’argent va vers la gestion indicielle au lieu de s’intéresser aux fondamentaux des sociétés. Et cette gestion indicielle favorise les grandes capitalisations boursières, et donc les sociétés comme Apple AAPL 0,00% , Facebook, Amazon, Microsoft MSFT 0,00% et Netflix. C’est la réalité aujourd’hui.
 

"Le caractère imprévisible de Donald Trump rend l’évolution du dollar difficile à prévoir."
Guy Wagner chief investment officer, BLI

 

Du côté des fondamentaux économiques, la situation s’améliore-t-elle?

L’économie croît à un rythme modéré. La croissance économique s’avère positive mais l’inflation reste faible. Nous ne sommes pas en récession. Le cycle économique s’inscrit dans une tendance faible à long terme. Cet environnement de croissance faible et de taux d’intérêt extrêmement faible favorise le mouvement des capitaux vers l’immobilier et les actions. Une économie forte impliquerait une remontée des taux d’intérêt, qui fragiliserait les marchés d’actions. Ici, ce n’est pas le cas.

Comme les taux d’intérêt sont faibles, les actions ne sont pas dans une bulle, malgré une valorisation élevée. Dans les modèles de valorisation, lorsque les taux d’intérêt baissent, les prix des actifs sont plus élevés.

Les taux d’intérêt vont-ils rester extrêmement bas?

Les banques centrales signalent assez bien ce qu’elles veulent faire. La Réserve fédérale américaine a donné beaucoup de précisions sur la manière dont elle veut procéder pour remonter ses taux d’intérêt. Mais le marché la perçoit comme trop agressive et ne voit pas les taux d’intérêt de la Fed monter. Du côté de la Banque centrale européenne, une hausse des taux n’est pas à l’ordre du jour. à moins d’un développement nouveau de l’économie, il ne faut pas s’attendre à une remontée des taux d’intérêt. La BCE l’a bien signalé.

Quels sont les risques pour les marchés?

Les Bourses devraient continuer de monter. Cela peut paraître bizarre car la croissance économique est faible, mais l’environnement n’est pas défavorable pour les marchés d’actions. Le principal risque repose sur une remontée des taux d’intérêt à cause d’une économie forte, ou alors sur une détérioration économique et des bénéfices des sociétés. Or, la croissance des bénéfices des sociétés ne baisse pas. Elle augmente légèrement, alors que les taux d’intérêt restent bas. Bien sûr, on ne peut pas exclure des risques géopolitiques comme la Corée du Nord. Si la situation géopolitique dégénère, cela peut se répercuter sur les marchés. Mais c’est difficile à prévoir, car Donald Trump est imprévisible, tout comme la Corée du Nord. Si les marchés d’actions baissent à cause des risques géopolitiques, il faut voir cela comme une opportunité d’achat, car les fondamentaux économiques restent favorables pour les indices boursiers.

Est-il encore temps, pour un investisseur qui est resté à l’écart des marchés, d’investir maintenant?

Pour quelqu’un qui décide d’investir et conserver ses positions pendant dix ans, acheter aujourd’hui ou dans trois mois n’a pas d’importance. Mais si cette personne veut faire un coup en Bourse, et reste à court terme sur les marchés, elle va acheter alors que les actions ont vu leurs cours multipliés par trois depuis 2009 et que leur valorisation est tendue. C’est un peu dangereux.

La saison des résultats d’entreprises touche presque à sa fin. Quel bilan pouvez-vous en tirer?

Au deuxième trimestre, les résultats des sociétés en Europe, aux Etats-Unis et au Japon ont été corrects, même meilleurs que prévu. Mais les premier et deuxième trimestres de l’année passée ont été faibles, alors la base comparable est plus basse. Ces derniers mois, les sociétés européennes ont tiré un avantage de l’euro faible, mais celui-ci va graduellement disparaître au profit des sociétés américaines, qui devraient bénéficier de la récente faiblesse du dollar.

La remontée de l’euro face au dollar est-elle durable?

Au début de l’année, on anticipait une parité entre l’euro et le dollar mais depuis lors, l’économie européenne s’est avérée plus forte que prévu et Donald Trump n’inspire pas confiance. Une poursuite de la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis pourrait soutenir le dollar à court terme. Mais le caractère imprévisible de Donald Trump rend difficile à prévoir l’évolution de la devise. Nous voyons l’euro à 1,05-1,20 dollar depuis longtemps. Nous ne sommes pas dans un contexte où nos gestionnaires doivent couvrir le risque de change du dollar.


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